Barry Clifford et le trésor du capitaine Bellamy

Chasseurs de science

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Barry Clifford et le trésor du capitaine Bellamy

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Le 26 avril 1717, un terrible ouragan souffle sur la côte est des colonies américaines, emportant avec lui le Whydah et ses trois compagnons de voyage. À bord du trois-mâts, le capitaine Bellamy, aussi connu sous le nom de Black Sam, a seulement le temps de voir la déferlante se briser sur ses rêves avant que la tempête ne l'engloutisse avec son équipage et son formidable trésor.

Dans les années 1950, dans un petit village de pêche du cap Cod, Barry Clifford grandit au rythme des chansons de marins et du récit que lui font ses aïeux du naufrage du Prince des Pirates, survenu deux siècles et demi auparavant. Le jeune Clifford s'en fait alors le serment : il sera celui qui découvrira le trésor englouti de Samuel Bellamy.

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Transcription du podcast :

26 avril 1717. Samuel Harding se retourne dans son lit de paille sans parvenir à trouver le sommeil. Au-dehors, la tempête fait rage et fait trembler de toutes parts sa petite maison du cap Cod. Il entend le concert de ses carreaux de fenêtres qui s’agitent sous les assauts du vent, le martèlement assourdissant de la pluie sur son toit, et le fracas des vagues s’écrasant impitoyablement sur la plage plus loin en contrebas. Il pousse un grognement et enfouit sa tête sous sa couverture, loin de se douter que quelques heures plus tard, un pirate viendrait frapper à sa porte.

À quelques centaines de mètres de la rive, la panique règne à bord du Whydah. Sur le pont, les hommes plissent les yeux, tentant en vain de percer l’obscurité et les embruns, mais rien n’y fait. Les lumières du Anne Galey, du Fisher et du Mary Anne ont bel et bien été englouties par l’ouragan. Le bâtiment grince, craque, menace de se déchirer en deux. Emporté par le vent, il traîne piteusement son ancre le long des bancs sableux tandis que les déferlantes assaillent ses flancs. Alors que certains se tournent vers Dieu en sentant la mort s’approcher, ceux que l’espoir anime encore se tournent vers le seul maître à bord, le capitaine Black Sam, gentleman des mers et Prince des Pirates.

En cet instant, cependant, ce dernier ne se sent rien de plus que l’homme Samuel Bellamy, impuissant, dépassé par les éléments. Debout parmi ses dizaines de fidèles compagnons, il pleure en silence ceux qu’il a conduits à leur perte. Tout comme le capitaine auquel il a capturé le Whydah quelques jours plus tôt, il sait reconnaître lorsqu’une bataille est perdue. Le trésor qui dort dans la cale sous ses pieds ne lui apporte aucun réconfort.

Un nouveau coup de tonnerre résonne, mêlé d’un craquement sinistre : le navire a heurté un banc de sable. Des dizaines d’hommes et leur capitaine sont projetés par-dessus bord. Sous le pont, les canons, les tonneaux et les balles de marchandise soudain transformés en projectiles raclent les plantes en mêlant leur grondement au hurlement des matelots écrasés sous leur poids. Tout comme la poussière redevient poussière, le sel de ses larmes du capitaine Bellamy rejoint celui de la mer et dans le vacarme des vagues qui déchiquètent son rêve, le Prince des Pirates rend son dernier soupir.

Barry Clifford naît le 30 mai 1945 au cap Cod. Son enfance est baignée d’embruns, de chants de marins et de récits de pêche. Mais une histoire en particulier anime l’imagination des habitants du cap depuis des générations. Il y a deux siècles et demi de cela, un navire pirate s’est échoué le long de ces côtes, le ventre chargé de pièces d’or. Les colons de l’époque, de pauvres hères à qui leur travail ne fournissait qu’une maigre subsistance, se jetèrent sur les pièce de huit qui déferlèrent sur la plage ce jour-là, puis les suivants. Mais l’on raconte qu’une grande partie du trésor de Samuel Bellamy résiderait encore sous les flots.

Avec son diplôme d’histoire et de sociologie désormais en poche, le jeune Barry Clifford n’a qu’une envie : être celui qui découvrira l’épave du capitaine Black Sam et remontera son trésor à la surface. Il se plonge avec avidité dans l’étude des documents historiques de l’époque afin de mettre au jour des indices qui lui indiquerait où celui-ci s’est échoué. Il apprend que le Whydah, un vaisseau négrier capturé quelques jours auparavant par le Prince des Pirates, voyage aux côtés de deux autres récentes acquisitions : le senau Ann Galey et le navire de commerce Mary Anne. Vers 4 heures de l’après-midi, un brouillard épais s’empare du paysage, et laisse Bellamy momentanément désemparé. Le capitaine n’est pas bien familier avec ces eaux mais il a entendu parler des hauts-bancs meurtriers du Nantucket. Cette vaste région aux bancs de sable changeants est si dangereuse qu’elle est la première à être désignée comme zone à éviter par les garde-côte américains en 1980, puis par l’Organisation maritime internationale en 2010. Les matelots retrouvent espoir lorsqu’un petit navire de pêche apparaît à l’horizon une demi-heure plus tard. Son capitaine Robert Ingols connaît bien les eaux locales, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, quatre pirates armés sont envoyés à bord du sloop Fisher pour l’empêcher de s’enfuir tandis que le marin est réquisitionné de force à bord du Whydah pour aider son équipage à s’extirper de cette situation. Les quatre navires reprennent donc leur chemin en formation serrée, bravant tant bien que mal le manque de visibilité. Alors que le jour décline, le ciel se teinte progressivement d’encre au-dessus des Nantucket Shoals, mêlant d’obscurité le brouillard qui continue d’obstruer l’horizon depuis des heures. Black Sam ordonne que des lanternes soient allumées à bord des navires afin que ceux-ci ne se perdent pas de vue, mais le sort sinistre qui les attend est déjà en marche. Il l’ignore mais le Mary Anne fuit et les pirates à son bord sont tellement saouls qu’ils sont obligés de confier le gouvernail aux prisonniers inexpérimentés qu’ils transportent avec eux. Le temps se dégrade. À l’approche du bras du cap Cod, de terribles bourrasques de vent et des trombes de pluie battent les voiles à l’horizontale tandis que la silhouette de vagues monstrueuses se dessine dans la lueur des éclairs qui zèbrent le ciel. Les navires s’éloignent irrépressiblement les uns des autres, la terreur grimpant à mesure que la faible lueur des lanternes disparaît depuis leurs ponts respectifs. Par compétence ou par fortune, le capitaine Noland sauve le Anne Galley et le Fisher à temps en ordonnant aux deux navires de jeter l’ancre suffisamment tôt. Mais ses compagnons de voyage ne sont pas aussi chanceux. À 23 heures, le Mary Anne s’échoue avec fracas sur l’île Pochet. Bien que sa coque n’ait pas été fracturée par l’impact, plusieurs pirates à son bord crient à Dieu de les laisser mourir en paix, terrorisés par le tonnerre des vagues contre le bois et le vent qui hurle dans leurs oreilles. Quant au Whydah, il rencontre son destin funeste quand sonnent les douze coups de minuit au large de Wellfleet.

Le lendemain matin, le fermier Samuel Harding est réveillé par des coups contre sa porte. Un marin déguenillé et transi de froid se tient devant chez lui : Thomas Davis, l’un des deux seuls survivants de cette nuit d’enfer. Davis raconte son histoire et avant même que le charpentier hollandais n’ait eu le temps de se reposer, Harding apprête son chariot et son cheval et lui demande de le mener au lieu du naufrage. Il a le temps de faire deux allers et retours avant que d’autres de ses voisins n’apprennent la nouvelle et le rejoignent sur la plage pour récolter les trésors déposés sur le sable par les vagues.

Ce n’est cependant ni Harding, ni Davis, mais un autre personnage de cette histoire qui fournira à Barry Clifford la clef qu’il recherche. À peine le gouverneur du Massachusetts a-t-il eu vent du naufrage du Whydah qu’il dépêche sur place le commandeur anglais Cyprian Southack, un cartographe accompli qu’il investit d'une mission : repêcher le trésor englouti et réquisitionner les biens que les habitants du cap Cod se sont déjà accaparés. Malheureusement pour Southack, il ne parvient à remplir ni l’un ni l’autre de ses objectifs, se heurtant à une communauté de pêcheurs et de fermiers aussi enragés que déterminés à garder l’or qui complètera enfin leur maigre salaire. Mais cela importe peu à Clifford, car le Britannique a laissé derrière lui une carte ainsi qu’une correspondance détaillant avec précision le lieu de naufrage du légendaire Whydah.

Exalté, le chasseur d'épaves monte une expédition. À l’aide de sonars et d’autres appareils de télédétection, il ne faut que peu de temps à Clifford et à son équipe pour identifier le site. Le 20 juillet 1984, l’un des plongeurs s’écrie avec excitation qu’il aperçoit un canon enfoui dans le sable, à seulement 4 mètres 30 sous la surface. Cette découverte est la première d’une très longue série qui permettra le sauvetage de plus de 200.000 pièces individuelles. Pièces d’argent et d’or, poudre d’or, vaisselle, vêtements, armes à feu, boulets de canon, bijoux, pièces à jouer ou encore quelques minces fragments du navire se révèlent aux archéologues ébahis. À l’automne, un nouvel élément vient couronner le travail de Clifford lorsque l’on remonte la cloche du Whydah Gally, sur laquelle est gravé le nom du navire et l’année 1716. Le projet Whydah fait sensation dans la communauté scientifique et parmi le public, le conseil des ressources archéologiques sous-marines du Massachusetts n’hésitant pas à le qualifier de modèle d’archéologie sous-marine. À ce jour, le navire demeure le seul vaisseau de l’âge d’or de la piraterie authentifié avec certitude.

En vertu de la loi fédérale sur l'amirauté de 1988, la Cour suprême du Massachusetts déclare que l’ensemble des artefacts appartient de droit à Clifford. Il obtient également les droits exclusifs de plongée sur le site, surveillé par le service des parcs nationaux et les garde-côtes américains. Et c’est là que vient la cerise sur le bateau, si l’on peut dire. Au lieu de dilapider et diviser le trésor de Bellamy, l’archéologue décide de le conserver dans son intégralité et de le rendre accessible à tous. Il ouvre le musée pirate du Whydah, offrant à chacun l’opportunité de marcher au côté d’une reproduction géante du navire, d’admirer la cloche intacte dans son aquarium lumineux ou encore de s’émerveiller devant des coffres entiers de pièces de huit. 

Aujourd’hui, Clifford continue de plonger à la conquête de trésors engloutis avec ses équipiers. En février dernier, le musée a annoncé la découverte d’au moins six squelettes sur le site du Whydah. Grâce à un descendant direct de Bellamy, l’équipe dispose d’un échantillon d’ADN qui leur permettra de savoir si l’un des corps découverts sous le sable appartient au légendaire capitaine que l’on appelait le Prince des Pirates.

Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !

Musique :

Patricia Chaylade

Titan, par Scott Buckley

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Le 26 avril 1717, un terrible ouragan souffle sur la côte est des colonies américaines, emportant avec lui le Whydah et ses trois compagnons de voyage. À bord du trois-mâts, le capitaine Bellamy, aussi connu sous le nom de Black Sam, a seulement le temps de voir la déferlante se briser sur ses rêves avant que la tempête ne l'engloutisse avec son équipage et son formidable trésor.

Dans les années 1950, dans un petit village de pêche du cap Cod, Barry Clifford grandit au rythme des chansons de marins et du récit que lui font ses aïeux du naufrage du Prince des Pirates, survenu deux siècles et demi auparavant. Le jeune Clifford s'en fait alors le serment : il sera celui qui découvrira le trésor englouti de Samuel Bellamy.

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26 avril 1717. Samuel Harding se retourne dans son lit de paille sans parvenir à trouver le sommeil. Au-dehors, la tempête fait rage et fait trembler de toutes parts sa petite maison du cap Cod. Il entend le concert de ses carreaux de fenêtres qui s’agitent sous les assauts du vent, le martèlement assourdissant de la pluie sur son toit, et le fracas des vagues s’écrasant impitoyablement sur la plage plus loin en contrebas. Il pousse un grognement et enfouit sa tête sous sa couverture, loin de se douter que quelques heures plus tard, un pirate viendrait frapper à sa porte.

À quelques centaines de mètres de la rive, la panique règne à bord du Whydah. Sur le pont, les hommes plissent les yeux, tentant en vain de percer l’obscurité et les embruns, mais rien n’y fait. Les lumières du Anne Galey, du Fisher et du Mary Anne ont bel et bien été englouties par l’ouragan. Le bâtiment grince, craque, menace de se déchirer en deux. Emporté par le vent, il traîne piteusement son ancre le long des bancs sableux tandis que les déferlantes assaillent ses flancs. Alors que certains se tournent vers Dieu en sentant la mort s’approcher, ceux que l’espoir anime encore se tournent vers le seul maître à bord, le capitaine Black Sam, gentleman des mers et Prince des Pirates.

En cet instant, cependant, ce dernier ne se sent rien de plus que l’homme Samuel Bellamy, impuissant, dépassé par les éléments. Debout parmi ses dizaines de fidèles compagnons, il pleure en silence ceux qu’il a conduits à leur perte. Tout comme le capitaine auquel il a capturé le Whydah quelques jours plus tôt, il sait reconnaître lorsqu’une bataille est perdue. Le trésor qui dort dans la cale sous ses pieds ne lui apporte aucun réconfort.

Un nouveau coup de tonnerre résonne, mêlé d’un craquement sinistre : le navire a heurté un banc de sable. Des dizaines d’hommes et leur capitaine sont projetés par-dessus bord. Sous le pont, les canons, les tonneaux et les balles de marchandise soudain transformés en projectiles raclent les plantes en mêlant leur grondement au hurlement des matelots écrasés sous leur poids. Tout comme la poussière redevient poussière, le sel de ses larmes du capitaine Bellamy rejoint celui de la mer et dans le vacarme des vagues qui déchiquètent son rêve, le Prince des Pirates rend son dernier soupir.

Barry Clifford naît le 30 mai 1945 au cap Cod. Son enfance est baignée d’embruns, de chants de marins et de récits de pêche. Mais une histoire en particulier anime l’imagination des habitants du cap depuis des générations. Il y a deux siècles et demi de cela, un navire pirate s’est échoué le long de ces côtes, le ventre chargé de pièces d’or. Les colons de l’époque, de pauvres hères à qui leur travail ne fournissait qu’une maigre subsistance, se jetèrent sur les pièce de huit qui déferlèrent sur la plage ce jour-là, puis les suivants. Mais l’on raconte qu’une grande partie du trésor de Samuel Bellamy résiderait encore sous les flots.

Avec son diplôme d’histoire et de sociologie désormais en poche, le jeune Barry Clifford n’a qu’une envie : être celui qui découvrira l’épave du capitaine Black Sam et remontera son trésor à la surface. Il se plonge avec avidité dans l’étude des documents historiques de l’époque afin de mettre au jour des indices qui lui indiquerait où celui-ci s’est échoué. Il apprend que le Whydah, un vaisseau négrier capturé quelques jours auparavant par le Prince des Pirates, voyage aux côtés de deux autres récentes acquisitions : le senau Ann Galey et le navire de commerce Mary Anne. Vers 4 heures de l’après-midi, un brouillard épais s’empare du paysage, et laisse Bellamy momentanément désemparé. Le capitaine n’est pas bien familier avec ces eaux mais il a entendu parler des hauts-bancs meurtriers du Nantucket. Cette vaste région aux bancs de sable changeants est si dangereuse qu’elle est la première à être désignée comme zone à éviter par les garde-côte américains en 1980, puis par l’Organisation maritime internationale en 2010. Les matelots retrouvent espoir lorsqu’un petit navire de pêche apparaît à l’horizon une demi-heure plus tard. Son capitaine Robert Ingols connaît bien les eaux locales, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, quatre pirates armés sont envoyés à bord du sloop Fisher pour l’empêcher de s’enfuir tandis que le marin est réquisitionné de force à bord du Whydah pour aider son équipage à s’extirper de cette situation. Les quatre navires reprennent donc leur chemin en formation serrée, bravant tant bien que mal le manque de visibilité. Alors que le jour décline, le ciel se teinte progressivement d’encre au-dessus des Nantucket Shoals, mêlant d’obscurité le brouillard qui continue d’obstruer l’horizon depuis des heures. Black Sam ordonne que des lanternes soient allumées à bord des navires afin que ceux-ci ne se perdent pas de vue, mais le sort sinistre qui les attend est déjà en marche. Il l’ignore mais le Mary Anne fuit et les pirates à son bord sont tellement saouls qu’ils sont obligés de confier le gouvernail aux prisonniers inexpérimentés qu’ils transportent avec eux. Le temps se dégrade. À l’approche du bras du cap Cod, de terribles bourrasques de vent et des trombes de pluie battent les voiles à l’horizontale tandis que la silhouette de vagues monstrueuses se dessine dans la lueur des éclairs qui zèbrent le ciel. Les navires s’éloignent irrépressiblement les uns des autres, la terreur grimpant à mesure que la faible lueur des lanternes disparaît depuis leurs ponts respectifs. Par compétence ou par fortune, le capitaine Noland sauve le Anne Galley et le Fisher à temps en ordonnant aux deux navires de jeter l’ancre suffisamment tôt. Mais ses compagnons de voyage ne sont pas aussi chanceux. À 23 heures, le Mary Anne s’échoue avec fracas sur l’île Pochet. Bien que sa coque n’ait pas été fracturée par l’impact, plusieurs pirates à son bord crient à Dieu de les laisser mourir en paix, terrorisés par le tonnerre des vagues contre le bois et le vent qui hurle dans leurs oreilles. Quant au Whydah, il rencontre son destin funeste quand sonnent les douze coups de minuit au large de Wellfleet.

Le lendemain matin, le fermier Samuel Harding est réveillé par des coups contre sa porte. Un marin déguenillé et transi de froid se tient devant chez lui : Thomas Davis, l’un des deux seuls survivants de cette nuit d’enfer. Davis raconte son histoire et avant même que le charpentier hollandais n’ait eu le temps de se reposer, Harding apprête son chariot et son cheval et lui demande de le mener au lieu du naufrage. Il a le temps de faire deux allers et retours avant que d’autres de ses voisins n’apprennent la nouvelle et le rejoignent sur la plage pour récolter les trésors déposés sur le sable par les vagues.

Ce n’est cependant ni Harding, ni Davis, mais un autre personnage de cette histoire qui fournira à Barry Clifford la clef qu’il recherche. À peine le gouverneur du Massachusetts a-t-il eu vent du naufrage du Whydah qu’il dépêche sur place le commandeur anglais Cyprian Southack, un cartographe accompli qu’il investit d'une mission : repêcher le trésor englouti et réquisitionner les biens que les habitants du cap Cod se sont déjà accaparés. Malheureusement pour Southack, il ne parvient à remplir ni l’un ni l’autre de ses objectifs, se heurtant à une communauté de pêcheurs et de fermiers aussi enragés que déterminés à garder l’or qui complètera enfin leur maigre salaire. Mais cela importe peu à Clifford, car le Britannique a laissé derrière lui une carte ainsi qu’une correspondance détaillant avec précision le lieu de naufrage du légendaire Whydah.

Exalté, le chasseur d'épaves monte une expédition. À l’aide de sonars et d’autres appareils de télédétection, il ne faut que peu de temps à Clifford et à son équipe pour identifier le site. Le 20 juillet 1984, l’un des plongeurs s’écrie avec excitation qu’il aperçoit un canon enfoui dans le sable, à seulement 4 mètres 30 sous la surface. Cette découverte est la première d’une très longue série qui permettra le sauvetage de plus de 200.000 pièces individuelles. Pièces d’argent et d’or, poudre d’or, vaisselle, vêtements, armes à feu, boulets de canon, bijoux, pièces à jouer ou encore quelques minces fragments du navire se révèlent aux archéologues ébahis. À l’automne, un nouvel élément vient couronner le travail de Clifford lorsque l’on remonte la cloche du Whydah Gally, sur laquelle est gravé le nom du navire et l’année 1716. Le projet Whydah fait sensation dans la communauté scientifique et parmi le public, le conseil des ressources archéologiques sous-marines du Massachusetts n’hésitant pas à le qualifier de modèle d’archéologie sous-marine. À ce jour, le navire demeure le seul vaisseau de l’âge d’or de la piraterie authentifié avec certitude.

En vertu de la loi fédérale sur l'amirauté de 1988, la Cour suprême du Massachusetts déclare que l’ensemble des artefacts appartient de droit à Clifford. Il obtient également les droits exclusifs de plongée sur le site, surveillé par le service des parcs nationaux et les garde-côtes américains. Et c’est là que vient la cerise sur le bateau, si l’on peut dire. Au lieu de dilapider et diviser le trésor de Bellamy, l’archéologue décide de le conserver dans son intégralité et de le rendre accessible à tous. Il ouvre le musée pirate du Whydah, offrant à chacun l’opportunité de marcher au côté d’une reproduction géante du navire, d’admirer la cloche intacte dans son aquarium lumineux ou encore de s’émerveiller devant des coffres entiers de pièces de huit. 

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