Caroline Herschel : la géante méconnue de l'astronomie

Chasseurs de science

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Caroline Herschel : la géante méconnue de l'astronomie

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Nombre d'entre vous êtes probablement déjà familiers avec le célèbre astronome William Herschel. Mais avez-vous déjà entendu parler de sa sœur ? Scientifique brillante et assistante dévouée, Caroline Herschel a sacrifié sa vie à son frère et consacré le peu qui lui restait à ses propres recherches. Son travail remarquable lui a valu un succès notable pour son époque, mais peu de gens se souviennent de son nom aujourd'hui.

Pourtant, Caroline Herschel est une femme de records. Au cours de sa carrière, elle découvre huit comètes, quatorze nébuleuses, catalogue des centaines de nouvelles étoiles et des galaxies, devient la première femme publiée par la revue de la Royal Society, ou encore la première astronome à recevoir un salaire pour son travail. Un destin de géante pour cette femme qui ne mesurait pas plus d’un mètre quarante, que nous vous invitons à découvrir dans ce nouvel épisode de Chasseurs de Science.

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Transcription du podcast :

​​​​​​Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Pour cet épisode, nous partons à la rencontre d’Herschel, l’une des plus grandes astronomes que le monde ait connu. Oui, oui, vous avez bien entendu. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.

31 décembre 1783. La campagne anglaise repose paisiblement sous une épaisse couche de neige éclairée par la lune gibbeuse et quelques rares étoiles. À l’ouest de la capitale, la ville de Slough baigne dans un silence cotonneux, occasionnellement rompu par l’ébrouement discret des chevaux attachés au-dehors des relais de poste. Plusieurs clochers marquent 22 heures pour la dernière fois de l’année, et la plupart des habitants de la ville se sont déjà réfugiés chez eux depuis longtemps, à l’abri du froid mordant qui transperce jusqu’aux os.

Mais dans le jardin d’Observatory House, pas question de laisser les célébrations, ou même le vent glacé, prendre le pas sur la science. Un immense télescope, monstre de bois et de verre dont la célébrité dépasse de loin les contours de la ville, trône, imposant, devant la demeure. Penché au-dessus de sa gueule redoutable, le non moins célèbre astronome William Herschel, un oculaire à la main, lance des instructions à ses assistants qui s’agitent à plusieurs mètres sous ses pieds. En réponse à l’un de ses ordres, il entend le frou-frou des épais jupons de sa sœur Caroline sur la neige, alors que celle-ci contourne en courant la base de l’appareil pour modifier son mouvement latéral. Il ne remarque cependant pas le froissement et le bruit sourd qui suivent quelques instants plus tard. Impatient, il hurle depuis sa plateforme « Hâte-toi donc ! ». Dans l’obscurité, un mince filet de voix brise le silence et lui répond en tremblant « Je suis empalée. » Alarmé, Herschel se précipite au bas du télescope accompagné de son assistant et découvre Caroline allongée dans la neige humide, le visage tordu de douleur. L’un des crochets de métal qui maintiennent la structure en place est profondément enfoncé au-dessus de son genou.

Bien peu de ceux qui ont déjà entendu le nom de William Herschel ont connaissance de sa sœur. Et pourtant, il semble encore aujourd’hui impossible de parler de Caroline sans mentionner son frère et le rôle considérable qu’elle a eu dans sa vie.

Ces deux personnages singuliers naissent à onze ans d’écart dans la ville de Hanovre, en Allemagne. Huitième enfant d’une fratrie nombreuse, Caroline voit le jour le 16 mars 1750. Elle est la fille d’Isaac Herschel et d’Anne Moritzen, une femme pragmatique dont elle garde le souvenir d’une mère dure et sévère. Leur famille connaît de nombreux moments de difficulté financière, et tandis que le rêveur Isaac rêve d’offrir la même éducation à tous ses enfants, Anne déclare que la seule instruction que ses filles recevront est celle qui leur permettra de subvenir aux besoins de la famille en devenant de bonnes ménagères. Malgré les tentatives de Caroline pour acquérir des compétences qui lui garantiraient l’indépendance, le sort et ses parents semblent s’être ligués contre elle. Son visage est grêlé des cicatrices de la variole qu’elle a attrapée à cinq ans, et le typhus qui l’a presque abattue six ans plus tard a stoppé sa croissance, de telle sorte qu’elle ne dépassera jamais le mètre quarante. Avec son physique ingrat et ses origines modestes, lui déclare son père, elle devra probablement passer le reste de sa vie à servir ses vieux parents.

Durant ces dures années d’enfance, son frère William devient un confident. C’est aussi lui qui lui offrira la clef de la liberté. Après la mort d’Isaac, il parvient à convaincre leur mère de laisser Caroline le rejoindre en Angleterre, où il est déjà établi depuis plusieurs années en tant qu’organiste. À l’âge de 22 ans, sa sœur quitte enfin le carcan familial et débute une nouvelle existence.

Durant ces dix premières années de vie commune, la jeune femme apprend le chant et le clavecin et devient rapidement une artiste reconnue. Pour autant, son frère ne se contente pas de lui inculquer la musique. Il lui enseigne également l’anglais et l'arithmétique, et à mesure qu’il plonge dans sa passion pour l’astronomie, il l’aide à acquérir les compétences académiques et techniques nécessaires pour devenir son assistante à plein temps – une fonction pas toujours gratifiante pour Caroline, qui préfère de loin se consacrer à sa carrière de chanteuse.

Peu de temps après la découverte d’Uranus par William, celui-ci est fait astronome royal en 1782. Lui et sa sœur prennent alors résidence à Slough, où ils auront tout le loisir de s’adonner à de longues soirées d’observation. À cette occasion, Caroline se voit offrir son propre télescope pour « balayer » le ciel : une formulation employée par son frère dont l’ironie ne lui échappera pas. Bien qu’elle se montre initialement réticente à passer ses nuits dans l’obscurité froide du jardin, la fièvre des étoiles la gagne progressivement. Le 26 février 1783, elle réalise sa première découverte en pointant une nébuleuse qui n’est pas répertoriée dans le catalogue de Messier. Le même soir, elle découvre indépendamment M110, une galaxie elliptique satellite d’Andromède, et petit à petit, l’élève dépasse le maître.

La vie n’est cependant pas toujours facile sous la coupe d’un aîné certes protecteur mais bien souvent tyrannique dans ses exigences. Avec une patience et une application infinies, Caroline se rend utile par tous les moyens possibles, trouvant ainsi une manière d’approfondir continuellement son savoir et l’éventail de ses compétences, mais ses relations avec William sont souvent teintées de frustration. Elle raconte, avec une amertume tout juste voilée, comment celui-ci en arrive rapidement à l’interrompre dans ses travaux d’observation pour réclamer son assistance:

« J’éprouvais du réconfort à constater que mon frère était satisfait de mes initiatives pour l’assister lorsqu’il avait besoin de quelqu’un pour courir jusqu’aux horloges, écrire un mémorandum, partir chercher et porter des instruments, ou mesurer des distances avec des piquets, etc., etc.. Des choses de cette nature survenant sans discontinuer. »

Le 1er août 1786, Caroline découvre sa première comète. Elle la présente dans un article remarquable qui paraît en 1787 et lui vaut de devenir la toute première femme publiée par la revue Philosophical Transactions de la Royal Society. La même année, elle se voit accorder un salaire annuel par le roi George III, marquant l’Histoire une fois de plus en devenant la première astronome salariée dont nous ayons trace et la première femme à assumer des fonctions au sein du gouvernement anglais. 

Caroline découvrira huit comètes au total et défendra la mise au jour de chacune d’elles avec ferveur. Dans certains cas, elle en appelle à l’autorité d’hommes influents pour asseoir sa priorité et pour sa huitième, elle enfourche son cheval et galope dans la nuit jusqu’à Greenwich pour annoncer sa découverte.

En parallèle, elle continue d’aider William dans la conception de ses télescopes et entreprend la tâche herculéenne de revoir entièrement le catalogue de Flamsteed – un ouvrage de référence pour les astronomes – afin de classer les étoiles non plus par constellation, mais par secteur du ciel. Ce travail sera une fois de plus publié par la prestigieuse Royal Society, cette fois-ci sous le nom de son frère.

Bien que ce dernier défende avec fierté les accomplissements de sa sœur, leur relation s’étiole avec son mariage en 1788. Caroline se voit contrainte de prendre une dépendance et perd une grande partie de ses responsabilités et privilèges à Observatory House. Elle poursuit néanmoins sans relâche son exploration du ciel, et, en 1828, six ans après la mort de son frère, devient la première femme à recevoir la médaille d’or de la Royal Astronomical Society pour son travail exceptionnel. Il faudra attendre 1996 avec Vera Rubin pour qu’une femme se voit à nouveau remettre cet hommage.

Caroline Herschel meurt paisiblement dans sa ville natale de Hanovre le 9 janvier 1848, rejoignant enfin les cieux étoilés qu’elle a passé sa vie à contempler. Les manuels d’Histoire pourraient nous amener à penser que cette femme extraordinaire faisait figure d’exception à son époque. Pourtant, sa carrière brillante et reconnue témoigne bien plus de son ambition et de sa pugnacité que d’une prédisposition particulière. Parmi les très nombreuses assistantes de l’ombre qui ont participé à l’édification de la science avant de tomber dans l’oubli général, elle est l’une des rares qui soient parvenus à se tailler une place parmi les étoiles et dans les mémoires. 

Ce que son frère lui a offert de soutien, cette astronome téméraire le lui a rendu au centuple, et c’est pour cela que plus jamais le nom de William Herschel ne devrait être évoqué sans que soit fait mention de la brillante Caroline.

Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Rafael Krux, et son générique par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Merci à Elodie Chabrol, directrice de Pint of Science et créatrice du podcast Sous la Blouse, qui prête sa voix à Caroline Herschel ; et à Guillaume Coolen qui prête la sienne à William Herschel. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, DeezerApple Podcast et bien d'autres pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !

Musique :

Paper Flakes, Walking Stars et Silver Lake par Rafael Krux

Licence: https://filmmusic.io/standard-license

Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

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Nombre d'entre vous êtes probablement déjà familiers avec le célèbre astronome William Herschel. Mais avez-vous déjà entendu parler de sa sœur ? Scientifique brillante et assistante dévouée, Caroline Herschel a sacrifié sa vie à son frère et consacré le peu qui lui restait à ses propres recherches. Son travail remarquable lui a valu un succès notable pour son époque, mais peu de gens se souviennent de son nom aujourd'hui.

Pourtant, Caroline Herschel est une femme de records. Au cours de sa carrière, elle découvre huit comètes, quatorze nébuleuses, catalogue des centaines de nouvelles étoiles et des galaxies, devient la première femme publiée par la revue de la Royal Society, ou encore la première astronome à recevoir un salaire pour son travail. Un destin de géante pour cette femme qui ne mesurait pas plus d’un mètre quarante, que nous vous invitons à découvrir dans ce nouvel épisode de Chasseurs de Science.

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Pour aller plus loin :

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​​​​​​Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Pour cet épisode, nous partons à la rencontre d’Herschel, l’une des plus grandes astronomes que le monde ait connu. Oui, oui, vous avez bien entendu. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.

31 décembre 1783. La campagne anglaise repose paisiblement sous une épaisse couche de neige éclairée par la lune gibbeuse et quelques rares étoiles. À l’ouest de la capitale, la ville de Slough baigne dans un silence cotonneux, occasionnellement rompu par l’ébrouement discret des chevaux attachés au-dehors des relais de poste. Plusieurs clochers marquent 22 heures pour la dernière fois de l’année, et la plupart des habitants de la ville se sont déjà réfugiés chez eux depuis longtemps, à l’abri du froid mordant qui transperce jusqu’aux os.

Mais dans le jardin d’Observatory House, pas question de laisser les célébrations, ou même le vent glacé, prendre le pas sur la science. Un immense télescope, monstre de bois et de verre dont la célébrité dépasse de loin les contours de la ville, trône, imposant, devant la demeure. Penché au-dessus de sa gueule redoutable, le non moins célèbre astronome William Herschel, un oculaire à la main, lance des instructions à ses assistants qui s’agitent à plusieurs mètres sous ses pieds. En réponse à l’un de ses ordres, il entend le frou-frou des épais jupons de sa sœur Caroline sur la neige, alors que celle-ci contourne en courant la base de l’appareil pour modifier son mouvement latéral. Il ne remarque cependant pas le froissement et le bruit sourd qui suivent quelques instants plus tard. Impatient, il hurle depuis sa plateforme « Hâte-toi donc ! ». Dans l’obscurité, un mince filet de voix brise le silence et lui répond en tremblant « Je suis empalée. » Alarmé, Herschel se précipite au bas du télescope accompagné de son assistant et découvre Caroline allongée dans la neige humide, le visage tordu de douleur. L’un des crochets de métal qui maintiennent la structure en place est profondément enfoncé au-dessus de son genou.

Bien peu de ceux qui ont déjà entendu le nom de William Herschel ont connaissance de sa sœur. Et pourtant, il semble encore aujourd’hui impossible de parler de Caroline sans mentionner son frère et le rôle considérable qu’elle a eu dans sa vie.

Ces deux personnages singuliers naissent à onze ans d’écart dans la ville de Hanovre, en Allemagne. Huitième enfant d’une fratrie nombreuse, Caroline voit le jour le 16 mars 1750. Elle est la fille d’Isaac Herschel et d’Anne Moritzen, une femme pragmatique dont elle garde le souvenir d’une mère dure et sévère. Leur famille connaît de nombreux moments de difficulté financière, et tandis que le rêveur Isaac rêve d’offrir la même éducation à tous ses enfants, Anne déclare que la seule instruction que ses filles recevront est celle qui leur permettra de subvenir aux besoins de la famille en devenant de bonnes ménagères. Malgré les tentatives de Caroline pour acquérir des compétences qui lui garantiraient l’indépendance, le sort et ses parents semblent s’être ligués contre elle. Son visage est grêlé des cicatrices de la variole qu’elle a attrapée à cinq ans, et le typhus qui l’a presque abattue six ans plus tard a stoppé sa croissance, de telle sorte qu’elle ne dépassera jamais le mètre quarante. Avec son physique ingrat et ses origines modestes, lui déclare son père, elle devra probablement passer le reste de sa vie à servir ses vieux parents.

Durant ces dures années d’enfance, son frère William devient un confident. C’est aussi lui qui lui offrira la clef de la liberté. Après la mort d’Isaac, il parvient à convaincre leur mère de laisser Caroline le rejoindre en Angleterre, où il est déjà établi depuis plusieurs années en tant qu’organiste. À l’âge de 22 ans, sa sœur quitte enfin le carcan familial et débute une nouvelle existence.

Durant ces dix premières années de vie commune, la jeune femme apprend le chant et le clavecin et devient rapidement une artiste reconnue. Pour autant, son frère ne se contente pas de lui inculquer la musique. Il lui enseigne également l’anglais et l'arithmétique, et à mesure qu’il plonge dans sa passion pour l’astronomie, il l’aide à acquérir les compétences académiques et techniques nécessaires pour devenir son assistante à plein temps – une fonction pas toujours gratifiante pour Caroline, qui préfère de loin se consacrer à sa carrière de chanteuse.

Peu de temps après la découverte d’Uranus par William, celui-ci est fait astronome royal en 1782. Lui et sa sœur prennent alors résidence à Slough, où ils auront tout le loisir de s’adonner à de longues soirées d’observation. À cette occasion, Caroline se voit offrir son propre télescope pour « balayer » le ciel : une formulation employée par son frère dont l’ironie ne lui échappera pas. Bien qu’elle se montre initialement réticente à passer ses nuits dans l’obscurité froide du jardin, la fièvre des étoiles la gagne progressivement. Le 26 février 1783, elle réalise sa première découverte en pointant une nébuleuse qui n’est pas répertoriée dans le catalogue de Messier. Le même soir, elle découvre indépendamment M110, une galaxie elliptique satellite d’Andromède, et petit à petit, l’élève dépasse le maître.

La vie n’est cependant pas toujours facile sous la coupe d’un aîné certes protecteur mais bien souvent tyrannique dans ses exigences. Avec une patience et une application infinies, Caroline se rend utile par tous les moyens possibles, trouvant ainsi une manière d’approfondir continuellement son savoir et l’éventail de ses compétences, mais ses relations avec William sont souvent teintées de frustration. Elle raconte, avec une amertume tout juste voilée, comment celui-ci en arrive rapidement à l’interrompre dans ses travaux d’observation pour réclamer son assistance:

« J’éprouvais du réconfort à constater que mon frère était satisfait de mes initiatives pour l’assister lorsqu’il avait besoin de quelqu’un pour courir jusqu’aux horloges, écrire un mémorandum, partir chercher et porter des instruments, ou mesurer des distances avec des piquets, etc., etc.. Des choses de cette nature survenant sans discontinuer. »

Le 1er août 1786, Caroline découvre sa première comète. Elle la présente dans un article remarquable qui paraît en 1787 et lui vaut de devenir la toute première femme publiée par la revue Philosophical Transactions de la Royal Society. La même année, elle se voit accorder un salaire annuel par le roi George III, marquant l’Histoire une fois de plus en devenant la première astronome salariée dont nous ayons trace et la première femme à assumer des fonctions au sein du gouvernement anglais. 

Caroline découvrira huit comètes au total et défendra la mise au jour de chacune d’elles avec ferveur. Dans certains cas, elle en appelle à l’autorité d’hommes influents pour asseoir sa priorité et pour sa huitième, elle enfourche son cheval et galope dans la nuit jusqu’à Greenwich pour annoncer sa découverte.

En parallèle, elle continue d’aider William dans la conception de ses télescopes et entreprend la tâche herculéenne de revoir entièrement le catalogue de Flamsteed – un ouvrage de référence pour les astronomes – afin de classer les étoiles non plus par constellation, mais par secteur du ciel. Ce travail sera une fois de plus publié par la prestigieuse Royal Society, cette fois-ci sous le nom de son frère.

Bien que ce dernier défende avec fierté les accomplissements de sa sœur, leur relation s’étiole avec son mariage en 1788. Caroline se voit contrainte de prendre une dépendance et perd une grande partie de ses responsabilités et privilèges à Observatory House. Elle poursuit néanmoins sans relâche son exploration du ciel, et, en 1828, six ans après la mort de son frère, devient la première femme à recevoir la médaille d’or de la Royal Astronomical Society pour son travail exceptionnel. Il faudra attendre 1996 avec Vera Rubin pour qu’une femme se voit à nouveau remettre cet hommage.

Caroline Herschel meurt paisiblement dans sa ville natale de Hanovre le 9 janvier 1848, rejoignant enfin les cieux étoilés qu’elle a passé sa vie à contempler. Les manuels d’Histoire pourraient nous amener à penser que cette femme extraordinaire faisait figure d’exception à son époque. Pourtant, sa carrière brillante et reconnue témoigne bien plus de son ambition et de sa pugnacité que d’une prédisposition particulière. Parmi les très nombreuses assistantes de l’ombre qui ont participé à l’édification de la science avant de tomber dans l’oubli général, elle est l’une des rares qui soient parvenus à se tailler une place parmi les étoiles et dans les mémoires. 

Ce que son frère lui a offert de soutien, cette astronome téméraire le lui a rendu au centuple, et c’est pour cela que plus jamais le nom de William Herschel ne devrait être évoqué sans que soit fait mention de la brillante Caroline.

Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Rafael Krux, et son générique par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Merci à Elodie Chabrol, directrice de Pint of Science et créatrice du podcast Sous la Blouse, qui prête sa voix à Caroline Herschel ; et à Guillaume Coolen qui prête la sienne à William Herschel. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, DeezerApple Podcast et bien d'autres pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !

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