Pourquoi le chat caquète lorsqu'il observe les oiseaux (HS spécial été #3)

Bêtes de science

0:00
7:31
10
10

Pourquoi le chat caquète lorsqu'il observe les oiseaux (HS spécial été #3)

Bêtes de science

Bienvenue dans ce nouvel épisode Nature sur Écoute, le hors série estival de Bêtes de Science. Aux côtés d'Elise et Pierre Kerner, nous nous demandons cette fois-ci pourquoi les chats caquètent lorsqu'ils observent les oiseaux de l'autre côté d'une fenêtre. C'est parti pour un voyage à la découverte du répertoire vocal surprenant de ce félin qui nous accompagne depuis la nuit des temps.

👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️

Pour aller plus loin :

Transcription du podcast :

Bienvenue dans la Nature sur Écoute, l’escapade sonore de Futura proposée par Élise et Pierre Kerner.

Victor Hugo écrivait : « C'est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas. » Alors, écoutons-là !

[Bruit de caquètement d'un chat.]

PIERRE : Mais qu’est-ce qu’il a encore ce chat ?

ELISE : Mais arrête de te moquer de notre chat. Pauvre JiJi ! Tu es très mignonne.

– Je ne me moque pas du tout ! Je m’intéresse à ce que mon chat essaie d’exprimer à travers les sons qu’elle produit. J’essaie de la comprendre car je sais que le répertoire vocal des chats est très diversifié. Tu savais qu'il existe au moins douze catégories de production sonore chez les chats domestiques ? Ils miaulent et ronronnent, ça tout le monde le sait ; mais ils peuvent aussi feuler [bruit de chat feulant], gronder [bruit de chat grondant], hurler [bruit de chat hurlant]...  

– Oh, tu fais super bien le chat ! Mais tu as oublié de préciser qu’ils savent murmurer, mugir, grogner, crachoter. Tu sais, je crois qu’on a vu le même documentaire. Je me souviens même d’une comparaison avec d’autres félins...

– Pour être plus précis, il faudrait parler de chats domestiques comparés aux populations férales.

– Oui alors, tu peux t’exprimer simplement hein.

– Eh ben « féral », c’est le terme qui désigne les chats domestiques retournés à l’état sauvage. Et des chercheurs ont démontré que leur répertoire vocal est bien moins développé que celui des chats qui côtoient les humains.

– Alors, si mes souvenirs sont bons, la conclusion du documentaire, pour être exacte, montrait plutôt que la diversité des vocalises des chats domestiques était unique non seulement parmi les félins, mais même au sein des carnivores, comme les ours, les chiens… 

– Oui, ben c’est bien beau de s’intéresser à tous les carnivores. Mais moi mon attention se concentre sur JiJi ! Je ne suis pas un traître à sa cause.

– [Elise, choquée] Je ne relève même pas tes accusations. Mais je te signalerai qu’à l’occasion de la dernière visite chez le vétérinaire – tu dois t'en souvenir, puisque c'est moi qui m'en suis chargée –, nous avons longuement discuté de ses ronronnements. Je ne sais pas si tu as remarqué, mais elle ne ronronne pas toujours de la même manière. Je l’avais même enregistrée. Attends, je dois avoir gardé ça sur mon portable... Alors, est-ce que tu serais capable de reconnaître le contexte dans lequel elle émet ce ronronnement ?

[Ronronnement.]

PIERRE : Ben oui ! Là elle est contente, on lui fait des câlins.

– Okay. Et pour celui-ci ?

[Ronronnement plus aigu.]

PIERRE : Ça c’est simple : c’est quand tu as oublié de la nourrir.

– [Grognement] Je passe sur ton ironie, parce que ton interprétation n’est pas loin de la réalité.

– Ha !

– Le véto m’a expliqué qu’une étude avait distingué deux catégories de ronronnements : celui de base et un autre caractérisé par des composantes aiguës, très désagréables à l’oreille humaine, et qui est particulièrement efficace pour solliciter l'attention de leurs maîtres.

– Oui, merci pour cette petite leçon, mais je te ferai remarquer qu’on est pas plus avancés sur le son que JiJi a émis tout à l’heure. T’as sollicité l’avis du véto à ce propos ?

– Non, mais moi je ne me suis pas endormie devant le documentaire. Et ils évoquaient ces bruits un peu étranges à la fin : il y avait les claquements de mâchoires, les pépiements, euh les gazouillis, je crois...

– Ah mais oui ! Mais oui, mais oui c’est vrai, il y avait aussi les stridulations ! Tu as raison, j’avais oublié qu’ils parlaient de ces phénomènes. 

– Il me semble que plusieurs hypothèses étaient évoquées à propos des motivations derrière ces différents sons. D’abord, ils exposaient le contexte dans lequel les chats produisent ces sons. Apparemment c’est toujours lorsqu’ils sont confrontés à une proie, un oiseau ou un insecte, qu’ils ne sont pas en mesure d’atteindre. Donc, certains chercheurs expliquent qu’il s’agit de l’expression d’une frustration. 

– Ah ouais... Ah mais oui ! Et d’autres experts penchaient plutôt pour un mouvement réflexe de la mâchoire, un peu comme s’ils préparaient inconsciemment la morsure fatale.

– Ouais, et dans mes souvenirs il y avait une troisième hypothèse, plutôt en vogue en ce moment, avec une expression du type, euh... mimétisme agressif.

– Ah mais oui, mais bien sûr ! D’ailleurs le mimétisme agressif, c’est un phénomène qui existe chez d’autres animaux. L’exemple le plus connu, c’est les baudroies. Tu sais ces poissons qui ont une espèce de canne à pêche sur la tête ?

– Oui je vois.

– Elles possèdent une extension modifiée de leurs nageoires qui prend l’apparence des plats favoris de leur proie pour les attirer. Mais je ne me souviens pas pourquoi les scientifiques penchent pour cette hypothèse chez le chat.

– Apparemment il ne s’agit pas de résultats d’une expérience mais de témoignages directs de chercheurs qui ont observé ce phénomène chez un autre félin. Le... margay ! Pendant une expédition en Amazonie, ils ont vu et entendu cette sorte de gros chat arboricole imiter les cris d’un bébé tamarin, une espèce de singe avec une drôle de tête. Niveau chasse, l’opération s’est avérée un échec cuisant...

– [Rire] D'accord.

– ... mais la stratégie n’est peut-être pas si bête que ça selon eux, car l'imitation a conduit certains des singes du groupe à se rapprocher du son émis par le margay.

– Ah ouais !

– C’est vrai que c'est assez mince pour produire une conclusion scientifique robuste, mais ces résultats sont quand même appuyés par plusieurs témoignages des populations locales qui ont observé le même comportement d’imitation chez le puma, les jaguars ou les ocelots. 

– C'est fou. Mais en fait, c’est assez raccord avec ce que je sais du mimétisme agressif acoustique chez d’autres espèces. Il y a ce cas de la sauterelle australienne, Chlorobalius leucoviridis, capable d’imiter des cigales femelles pour attirer et dévorer des mâles. 

– Je savais pas que les sauterelles étaient carnivores !

– C’est le cas pour celles-ci. Et pour se concocter un riche panier repas bien diversifié, elles imitent les cliquetis des femelles cigales de plusieurs espèces différentes. Je pense qu’on peut facilement trouver des extraits audio sur internet. [Bruit de clavier, puis clic de souris.] Voilà ! Écoute.

[Stridulation rythmiques d'une sauterelle.]

– Ouais, c’est marrant, mais ces cliquetis ne sont quand même pas des sons complètement extraordinaires.

– C’est parce que le talent de l’imitateur réside plutôt dans le tempo. Des chercheurs ont eux-mêmes réussi à attirer des mâles en claquant des doigts [claquements de doigts] selon le rythme spécifique de ces duos musicaux.

– Okay...

– Oui ben alors, si tu veux une imitation plus impressionnante, on sort du mimétisme agressif. Et je vais te faire écouter la performance d’un splendide geai bleu domestique, enregistrée en Floride.

[Son d'un geai bleu imitant les miaulements d'un chat.]

[Miaulement apeuré de Jiji.]

– Oh JiJi, pauvre petit chat, t’es toute perturbée…

– Oh, allez viens. On va lui faire des petites papouilles !

[Ronronnement] 

Merci d’avoir suivi ce hors-série La Nature sur Écoute. Si ce format vous a plu, n’hésitez pas à nous le faire savoir en le partageant sur les réseaux sociaux avec le hashtag #FuturaPod et nous reviendrons l’été prochain avec une nouvelle saison. Pensez à vous abonner à Bêtes de Science et à nos autres podcasts pour continuer de vitaminer vos journées tout en apprenant et laissez-nous une note sur les plateformes de diffusion pour soutenir notre travail. En attendant la semaine prochaine, continuez de tendre l’oreille.

Musique et bruitages :

Porch Blues, par Kevin MacLeod

Licence: https://filmmusic.io/standard-license

Zapsplat

BBC Sounds

Curtis Marantz, Macaulay Library

Crédits :

Texte et narration : Elise et Pierre Kerner

Montage : Emma Hollen

Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

Episodes
Date
Duration
Recommended episodes :

Cet oiseau mexicain s'est mis à la cigarette

Bêtes de science

Hans le Malin, le cheval qui savait compter

Bêtes de science

La fourmi du Sahara utilise un GPS solaire

Bêtes de science

The podcast Bêtes de science has been added to your home screen.

Bienvenue dans ce nouvel épisode Nature sur Écoute, le hors série estival de Bêtes de Science. Aux côtés d'Elise et Pierre Kerner, nous nous demandons cette fois-ci pourquoi les chats caquètent lorsqu'ils observent les oiseaux de l'autre côté d'une fenêtre. C'est parti pour un voyage à la découverte du répertoire vocal surprenant de ce félin qui nous accompagne depuis la nuit des temps.

👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️

Pour aller plus loin :

Transcription du podcast :

Bienvenue dans la Nature sur Écoute, l’escapade sonore de Futura proposée par Élise et Pierre Kerner.

Victor Hugo écrivait : « C'est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas. » Alors, écoutons-là !

[Bruit de caquètement d'un chat.]

PIERRE : Mais qu’est-ce qu’il a encore ce chat ?

ELISE : Mais arrête de te moquer de notre chat. Pauvre JiJi ! Tu es très mignonne.

– Je ne me moque pas du tout ! Je m’intéresse à ce que mon chat essaie d’exprimer à travers les sons qu’elle produit. J’essaie de la comprendre car je sais que le répertoire vocal des chats est très diversifié. Tu savais qu'il existe au moins douze catégories de production sonore chez les chats domestiques ? Ils miaulent et ronronnent, ça tout le monde le sait ; mais ils peuvent aussi feuler [bruit de chat feulant], gronder [bruit de chat grondant], hurler [bruit de chat hurlant]...  

– Oh, tu fais super bien le chat ! Mais tu as oublié de préciser qu’ils savent murmurer, mugir, grogner, crachoter. Tu sais, je crois qu’on a vu le même documentaire. Je me souviens même d’une comparaison avec d’autres félins...

– Pour être plus précis, il faudrait parler de chats domestiques comparés aux populations férales.

– Oui alors, tu peux t’exprimer simplement hein.

– Eh ben « féral », c’est le terme qui désigne les chats domestiques retournés à l’état sauvage. Et des chercheurs ont démontré que leur répertoire vocal est bien moins développé que celui des chats qui côtoient les humains.

– Alors, si mes souvenirs sont bons, la conclusion du documentaire, pour être exacte, montrait plutôt que la diversité des vocalises des chats domestiques était unique non seulement parmi les félins, mais même au sein des carnivores, comme les ours, les chiens… 

– Oui, ben c’est bien beau de s’intéresser à tous les carnivores. Mais moi mon attention se concentre sur JiJi ! Je ne suis pas un traître à sa cause.

– [Elise, choquée] Je ne relève même pas tes accusations. Mais je te signalerai qu’à l’occasion de la dernière visite chez le vétérinaire – tu dois t'en souvenir, puisque c'est moi qui m'en suis chargée –, nous avons longuement discuté de ses ronronnements. Je ne sais pas si tu as remarqué, mais elle ne ronronne pas toujours de la même manière. Je l’avais même enregistrée. Attends, je dois avoir gardé ça sur mon portable... Alors, est-ce que tu serais capable de reconnaître le contexte dans lequel elle émet ce ronronnement ?

[Ronronnement.]

PIERRE : Ben oui ! Là elle est contente, on lui fait des câlins.

– Okay. Et pour celui-ci ?

[Ronronnement plus aigu.]

PIERRE : Ça c’est simple : c’est quand tu as oublié de la nourrir.

– [Grognement] Je passe sur ton ironie, parce que ton interprétation n’est pas loin de la réalité.

– Ha !

– Le véto m’a expliqué qu’une étude avait distingué deux catégories de ronronnements : celui de base et un autre caractérisé par des composantes aiguës, très désagréables à l’oreille humaine, et qui est particulièrement efficace pour solliciter l'attention de leurs maîtres.

– Oui, merci pour cette petite leçon, mais je te ferai remarquer qu’on est pas plus avancés sur le son que JiJi a émis tout à l’heure. T’as sollicité l’avis du véto à ce propos ?

– Non, mais moi je ne me suis pas endormie devant le documentaire. Et ils évoquaient ces bruits un peu étranges à la fin : il y avait les claquements de mâchoires, les pépiements, euh les gazouillis, je crois...

– Ah mais oui ! Mais oui, mais oui c’est vrai, il y avait aussi les stridulations ! Tu as raison, j’avais oublié qu’ils parlaient de ces phénomènes. 

– Il me semble que plusieurs hypothèses étaient évoquées à propos des motivations derrière ces différents sons. D’abord, ils exposaient le contexte dans lequel les chats produisent ces sons. Apparemment c’est toujours lorsqu’ils sont confrontés à une proie, un oiseau ou un insecte, qu’ils ne sont pas en mesure d’atteindre. Donc, certains chercheurs expliquent qu’il s’agit de l’expression d’une frustration. 

– Ah ouais... Ah mais oui ! Et d’autres experts penchaient plutôt pour un mouvement réflexe de la mâchoire, un peu comme s’ils préparaient inconsciemment la morsure fatale.

– Ouais, et dans mes souvenirs il y avait une troisième hypothèse, plutôt en vogue en ce moment, avec une expression du type, euh... mimétisme agressif.

– Ah mais oui, mais bien sûr ! D’ailleurs le mimétisme agressif, c’est un phénomène qui existe chez d’autres animaux. L’exemple le plus connu, c’est les baudroies. Tu sais ces poissons qui ont une espèce de canne à pêche sur la tête ?

– Oui je vois.

– Elles possèdent une extension modifiée de leurs nageoires qui prend l’apparence des plats favoris de leur proie pour les attirer. Mais je ne me souviens pas pourquoi les scientifiques penchent pour cette hypothèse chez le chat.

– Apparemment il ne s’agit pas de résultats d’une expérience mais de témoignages directs de chercheurs qui ont observé ce phénomène chez un autre félin. Le... margay ! Pendant une expédition en Amazonie, ils ont vu et entendu cette sorte de gros chat arboricole imiter les cris d’un bébé tamarin, une espèce de singe avec une drôle de tête. Niveau chasse, l’opération s’est avérée un échec cuisant...

– [Rire] D'accord.

– ... mais la stratégie n’est peut-être pas si bête que ça selon eux, car l'imitation a conduit certains des singes du groupe à se rapprocher du son émis par le margay.

– Ah ouais !

– C’est vrai que c'est assez mince pour produire une conclusion scientifique robuste, mais ces résultats sont quand même appuyés par plusieurs témoignages des populations locales qui ont observé le même comportement d’imitation chez le puma, les jaguars ou les ocelots. 

– C'est fou. Mais en fait, c’est assez raccord avec ce que je sais du mimétisme agressif acoustique chez d’autres espèces. Il y a ce cas de la sauterelle australienne, Chlorobalius leucoviridis, capable d’imiter des cigales femelles pour attirer et dévorer des mâles. 

– Je savais pas que les sauterelles étaient carnivores !

– C’est le cas pour celles-ci. Et pour se concocter un riche panier repas bien diversifié, elles imitent les cliquetis des femelles cigales de plusieurs espèces différentes. Je pense qu’on peut facilement trouver des extraits audio sur internet. [Bruit de clavier, puis clic de souris.] Voilà ! Écoute.

[Stridulation rythmiques d'une sauterelle.]

– Ouais, c’est marrant, mais ces cliquetis ne sont quand même pas des sons complètement extraordinaires.

– C’est parce que le talent de l’imitateur réside plutôt dans le tempo. Des chercheurs ont eux-mêmes réussi à attirer des mâles en claquant des doigts [claquements de doigts] selon le rythme spécifique de ces duos musicaux.

– Okay...

– Oui ben alors, si tu veux une imitation plus impressionnante, on sort du mimétisme agressif. Et je vais te faire écouter la performance d’un splendide geai bleu domestique, enregistrée en Floride.

[Son d'un geai bleu imitant les miaulements d'un chat.]

[Miaulement apeuré de Jiji.]

– Oh JiJi, pauvre petit chat, t’es toute perturbée…

– Oh, allez viens. On va lui faire des petites papouilles !

[Ronronnement] 

Merci d’avoir suivi ce hors-série La Nature sur Écoute. Si ce format vous a plu, n’hésitez pas à nous le faire savoir en le partageant sur les réseaux sociaux avec le hashtag #FuturaPod et nous reviendrons l’été prochain avec une nouvelle saison. Pensez à vous abonner à Bêtes de Science et à nos autres podcasts pour continuer de vitaminer vos journées tout en apprenant et laissez-nous une note sur les plateformes de diffusion pour soutenir notre travail. En attendant la semaine prochaine, continuez de tendre l’oreille.

Musique et bruitages :

Porch Blues, par Kevin MacLeod

Licence: https://filmmusic.io/standard-license

Zapsplat

BBC Sounds

Curtis Marantz, Macaulay Library

Crédits :

Texte et narration : Elise et Pierre Kerner

Montage : Emma Hollen

Voir Acast.com/privacy pour les informations sur la vie privée et l'opt-out.

Subscribe Install Share
Bêtes de science